Ah ce traité établissant une Constitution pour l'Europe,
on peut dire qu'il aura déclenché bien des passions,
y compris à l'ULg !
Jamais,
en effet, dans la rubrique " En ligne directe ", le
débat n'avait pris un tour aussi enflammé.. Il faut
dire que l'enjeu est de taille. Il ne s'agit jamais, nous dit-on,
que d'un traité de plus. Soit. N'empêche que le mot
"Constitution" est lâché et fait craindre
qu'il n'ait, à terme, une force juridique plus lourde que
les textes précédents. N'y a-t-il pas, d'ailleurs,
à la fois dilution d'un projet européen spécifique
et escalade dans le niveau de contrainte et la difficulté
à modifier les textes ?
Dans
un article publié dans cette même rubrique, M. Géradin
et ses assistants nous expliquent que les travaux de la Convention
présidée par M. Giscard d'Estaing étaient
démocratiques et, de fait, nous connaissons plusieurs de
nos représentants qui s'y sont bien battus - pour n'obtenir
que des bribes et des concessions de surface, comme les principes
repris dans les préambules, nullement contraignants. Mais
le compromis qui s'en est dégagé concerne les deux
premières parties, pas la troisième, ni la plupart
des protocoles, qui constituent le mode d'emploi des articles
du traité. Le fonctionnement de la Convention est décrit
à l'adresse suivante : http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf.
Dans ce document, il est intéressant de consulter le "contre-rapport"
des huit "Conventionnels" qui n'ont pas cautionné
le texte (pp. 21-4).
La
séparation des pouvoirs serait respectée, affirment-ils
aussi, puisque " la Commission propose et exécute,
le Conseil et le Parlement européen décident et
la Cour de justice veille au respect du droit de l'Union ".
Le Parlement décide-t-il vraiment ? Certes, dans un certain
nombre de cas, il faut l'obtention de son aval, mais 1) ce n'est
pas général, et 2) il ne dispose pas de l'initiative
des lois, il ne fait que les entériner (ou les refuser).
Par
ailleurs, l'affirmation de M. Géradin et son équipe
selon laquelle les politiques poursuivies, décidées
par les parlements nationaux, ou le Parlement européen,
peuvent être modifiées par un changement de majorité
lors des élections me semble sujette à caution.
Tel devrait bien être le cas. Mais c'est là que le
bât blesse. Le Traité constitutionnel fixe non seulement
un mode de fonctionnement mais des orientations politiques. Or,
vu les dimensions actuelles de l'Europe élargie, toute
modification dans les domaines exigeant l'unanimité devient
difficile à envisager.
Dans
son fonctionnement quotidien, la Commission européenne
remplit aussi un rôle positif : aides aux régions
défavorisées, soutien à des projets culturels.
Il n'empêche qu'ainsi qu'il apparaît à la lecture
de la partie 3 du traité, l'orientation majeure des politiques
européennes y est davantage marquée par la défense
du libre-échange et de la "concurrence libre et non
faussée" que par le souci, autre que cosmétique,
de défendre des droits sociaux. Toute une partie du traité
n'est-elle pourtant pas consacrée à la Charte des
droits fondamentaux ? Mais pourquoi, s'il s'agissait de garantir
des droits sociaux, ne pas avoir repris la Charte sociale européenne
rédigée à Turin en 1961 ? Pour un aperçu
critique du contenu de cette partie, je renvoie à l'analyse
de Corinne Gobin, politologue à l'ULB (http://institut.fsu.fr/chantiers/europe/charte/charte_droits_gobin.htm).
Je suppose que peu de lecteurs auront commis l'erreur que je relève
dans la réponse de M. Géradin (et service) à
M. Palma, à savoir confondre les dictatures sud-américaines
et les régimes qui ont succédé à ces
dictatures. Peut-être le texte de M. Palma tel que publié
dans cette rubrique était-il trop concis même s'il
y est bien question de régimes "pré-démocratiques"
instaurés après les dictatures en Amérique
latine ? Le document de travail qui le sous-tend, étayé
de nombreuses références, peut être consulté
à l'adresse http://www.ulg.ac.be/capri/Constitution.html.
Un
dernier point - qui n'est abordé ni par l'un ni par l'autre
des intervenants : où et comment le traité proposé
à l'entérinement s'occupe-t-il sérieusement
de préserver notre planète ? Comment cette préoccupation
est-elle conciliable avec l'appel à la croissance économique ?
Christine
Pagnoulle
(Note
d'Attac-ULg : Ce texte fut proposé le 15 juin 2005
par l'auteur pour sa publication dans la rubrique "En ligne
directe" de l'ULg).