Que
les dirigeants du PS et des Verts et les média aient été
incapables de percevoir ce qui se passait dans le peuple de gauche
tout au long des mois qui ont précédé le
29 mai en dit long sur labîme qui sépare aujourdhui
les élites politico-médiatiques du pays réel.
Depuis, les mêmes confirment leur surdité et leur
arrogance.
Pourtant,
ce qui sest passé relève du plus démocratique
des élans. Des femmes et des hommes, sans affiliation associative,
syndicale ou particratique se sont emparés du texte soumis
à leur jugement, pour le décoder, pour solliciter
des interprétations, pour ensuite constituer avec dautres
ou rejoindre les collectifs qui, après lAppel des
200 lancé le 19 octobre, sont nés, quasi comme par
génération spontanée, dans toute la France.
Jai
été souvent invité par ces collectifs où
se cotoyaient des militants du Parti Communiste, de la LCR, des
Alternatifs, des socialistes et des écologistes en dissidence,
des militants de la CGT, de la FSU, de Solidaires, des membres
dAttac ou dassociations locales et de simples citoyens.
Tous
ensemble, ils avaient travaillé durement pour assurer le
succès de la réunion, souvent précédée
de rencontres dans les quartiers ou les villages, au plus près
des gens. Ils avaient passé des heures à distribuer
des tracts, à placer des affiches, à convaincre.
Ils avaient échangé leur savoir-faire, leurs imaginations,
leur dynamisme, leur détermination. Et, après mon
passage, ils allaient continuer de plus belle.
Tous
ensemble. Ces deux mots tout simples résument quelque chose
qui émeut au plus profond : la dignité qui relève
la tête, la renaissance de lengagement, la fraternité
qui rassemble dans laction.
Tous
ensemble, ils ont découvert la richesse apportée
par chacun : le formidable savoir faire des militants communistes,
lingéniosité de ceux de la Ligue, le sens
de lorganisation des syndicalistes, la bonne volonté
des associatifs ; des qualités dailleurs très
largement partagées par tous.
Tous
ensemble, aujourdhui, ils attendent un lendemain, une suite,
un prolongement cohérents. Ils ont résisté.
Ils ont gagné cette bataille. Ils ne veulent pas être
désarmés.
Tous
ensemble, ils attendent un signal fort. Celui qui tout à
la fois rassure et dynamise.
Car
certains doivent être rassurés. Cest vrai,
reconnaissons-le calmement, ceux qui nappartiennent pas
à un parti politique craignent que ce formidable élan
collectif soit récupéré par lun ou
lautre appareil tenté par lidée de contrôler
loutil créé ensemble. Dautres, dans
le mouvement associatif, napprécient pas que certains
au sommet, qui ne furent pas des premiers engagements, sapproprient
le mérite dune victoire qui est loeuvre de
tous. Il ne faut pas cacher ces réalités. Il faut
au contraire les rencontrer pour les surmonter. Par des actes
concrets qui doivent venir de chaque côté. Et qui
renouent la confiance.
Et
tous attendent un nouvel élan pour poursuivre. Car ils
redoutent les logiques toujours à luvre dès
quil sagit de faire passer le parti ou le mouvement
avant la cause.
Tous
ensemble, nous avons fait un choix de société. Ce
choix nous définit et nous distingue.
Comment
pourrait-on ignorer ce que fut la position des dirigeants et cadres
du PS et des Verts?
Pourrions-nous
oublier les arguments quils ont utilisés, les moyens
quils ont mis en uvre, leur mépris et leurs
insultes?
Pourrions-nous
envisager, une fois de plus, daccepter que ceux qui nous
ont combattus deviennent demain ceux à qui il nous faudrait
faire confiance?
Tous
ensemble, nous avons prouvé quunis et déterminés,
nous pouvons vaincre. Sans eux et malgré eux.
Restons
unis et soyons, plus que jamais, déterminés. Tous
ensemble.
Raoul
Marc JENNAR
chercheur
au service du mouvement social
www.urfig.org