logo Attac-ULg

Groupe Attac à l'ULg

| accueil | présentation | actualité | agenda |

| documents & dossiers | liens | constitution |

| université: vers un changement de nature |


Sénat 18/05/2006 - un peu de sémantique :
Une question courageuse et une réponse qui donne froid dans le dos
Ou pourquoi il est clair que c'est la Belgique qui a livré Bahar Kimyongür aux Pays-Bas pour extradition vers la Turquie

par J. Palma - 02/06/2006

 

«Dans l'ordre du discours, ce qui est noté est, par définition, notable : quand bien même un détail paraîtrait irréductiblement insignifiant, rebelle à toute fonction, il n'en aurait pas moins pour finir le sens même de l'absurde ou de l'inutile : tout a un sens ou rien n'en a».
Roland Barthes, L'Analyse structurale du Récit, Seuil, coll.Points, Paris, 1986, p. 13.

Lors de la Séance plénière au Sénat le 18 mai dernier, à la fin d'un long échange de questions réponses à propos de l'affaire Bahar Kimyongür entre le Sénateur ECOLO Josy Dubié et Madame Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice, le Sénateur Dubié avait remarqué: "Je note qu'elle (la ministre) n'a pas répondu à la question essentielle : le gouvernement belge est-il prêt à tout mettre en oeuvre pour éviter qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant la torture ?" Ce à quoi Mme Laurette Onkelinx a répondu: "M. Dubié n'a pas été attentif."

Et elle avait raison sur ce point. Tellement le contenu de ses interventions avait été clair en ce qui concerne sa position et celle du gouvernement concernant le sort qu'ils réservent au citoyen Bahar Kimyongür.

Suivons donc le conseil de Madame la ministre :
Faisons une lecture attentive de son discours

En effet, si l'on met son discours en pleine lumière, voici, en substance, ce que Madame la ministre a signalé : Ce problème ne relève pas de la justice mais des affaires étrangères; ce sont les Pays-Bas qui ont le dernier mot à dire. Par conséquent, nous ne ferons rien pour éviter qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant la torture. Et la ministre d'insister, comme si elle attendait un tel dénouement : «Une demande d'extradition vers la Turquie est possible à partir des Pays-Bas sans même que le gouvernement belge en soit informé».

Autrement dit, aussi injuste soit-elle la situation vécue par Monsieur Kinyongür, son cas ne relève pas de la justice mais de la diplomatie, c'est-à-dire, du domaine des échanges, des négociations voire des "marchandages".

Tout cela confirme la terrible question que nous nous posions lors de l'appel à une conférence débat sur ce thème le 18 mai à l'Université de Liège :
"Et si pour se racheter auprès du grand (marché) turc d'avoir laissé s'enfuir Fehriye Erdal, dont la présence risquait de faire des vagues dans notre royaume épris de tranquillité, des décideurs décidés avaient livré Kimyongür en gage de collaboration ? Vu les lois et non-lois en vigueur en Turquie, ça donne froid dans le dos. Ça confine à l'assassinat d'État !"
C'est par ailleurs le fil conducteur du questionnement du Sénateur Dubié.

Mais la ministre avait raison seulement en partie car ce que le Sénateur Dubié réclamait était une réponse explicite. La réponse de Madame la ministre – négative en ce qui concerne la question de savoir si "le gouvernement belge est-il prêt à tout mettre en oeuvre pour éviter qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant la torture" – n'a pas été à la hauteur de la question du Sénateur et il faut la lire entre les lignes.

Soulignons les passages les plus significatifs
(vous pourrez consulter les interventions complètes dans le site web du Sénat - voir lien plus bas):

I. Question orale de M. Josy Dubié à la vice-première ministre et ministre de la Justice sur "le danger d'extradition d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" (nº 3-1144)

Extraits:
Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "(...) M. Kimyongür, sur écoute et surveillé par la sûreté belge - en tout cas c'est ce que l'on peut penser dans le cadre de l'affaire Erdal - a donc été, selon moi, "livré" aux Néerlandais qui l'ont incarcéré sur base du mandat d'arrêt international turc."

[La première tentative de la ministre sera de réduire au silence le sénateur par le recours à l'intimidation. En vain!].

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice : "Ce genre d'affirmation est très grave."

Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "(...) Vous avez votre avis et j'ai le mien, madame la vice-première ministre. Je trouve simplement qu'un faisceau de présomptions permettent de penser que M. Kimyongür a bel et bien été " livré ", je ne dis pas par vous mais par la Sûreté belge."

[...Et par la disqualification].

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice : "Vous dites n'importe quoi (...)"

Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "Je relate simplement des faits. Quoi qu'il en soit, M. Kimyongür risque d'être extradé vers la Turquie où son intégrité physique est menacée. Ce pays est d'ailleurs régulièrement accusé par des organisations internationales des droits de l'Homme, comme Amnesty International, de pratiquer la torture, notamment sur des opposants politiques. (...) Estimez-vous, oui ou non, que tout devrait être mis en oeuvre pour éviter qu'un citoyen belge ne soit extradé vers un pays pratiquant la torture? (...)"


[Nous verrons par le suite que dans le raisonnement de Madame la ministre, un inculpé mériterait même, en tout cas dans les faits, d'être livré à des tortionnaires s'il a été stigmatisé comme "terroriste" – cette accusation fourre-tout fondée le plus souvent sur des listes administratives, arbitraires et de circonstance (établies par les Exécutifs et non par la Justice). On n'observe par ailleurs aucune distance critique dans le raisonnement de la ministre vis-à-vis de la forme où cette liste d'organisations "terroristes" a été établie. Premier lavage de mains : ce raisonnement sera suivi de la réponse commode "Ceci relève des Pays-Bas", pas de la Belgique. Et comme la diplomatie (aussi vis-à-vis de la Turquie) compte plus que la justice, deuxième lavage de mains : les relations avec les Pays-Bas relèvent des compétences des affaires étrangères, pas de la justice. On comprend pourquoi toute référence du Sénateur Dubié à une participation d'organismes relevant du ministère de la justice a été écartée avec virulence par la ministre :"Ce genre d'affirmation est très grave", "Vous dites n'importe quoi"].

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice: "Pour ceux qui l'ignorent, M. Bahar Kimyongür a été condamné, le 28 février dernier, par le Tribunal correctionnel de Bruges, à une peine d'emprisonnement de quatre ans ferme pour appartenance à un groupement terroriste DHKC (Front révolutionnaire de la libération du peuple). (...) Quant à la procédure en cours devant les juridictions hollandaises, il ne m'appartient pas de me prononcer sur les décisions qui seraient prises par les autorités des Pays-Bas. Je vous signale qu'une demande d'extradition vers la Turquie est possible à partir des Pays-Bas sans même que le gouvernement belge en soit informé (...) Pour le reste, je le répète, les relations avec les Pays-Bas relèvent des compétences de mon collègue, le ministre De Gucht."

M. Josy Dubié (ECOLO): "Je remercie la ministre. Je note qu'elle n'a pas répondu à la question essentielle : le gouvernement belge est-il prêt à tout mettre en oeuvre pour éviter qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant la torture?"

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre de la Justice: "M. Dubié n'a pas été attentif."

Interventions complètes:
http://www.senate.be/crv/3-165.html#_Toc136165810


Pour dissiper les doutes
Pour ceux qui pourraient avoir encore des doutes sur cette lecture, la réponse du Ministère des affaires étrangères à une demande d'explication de M. Josy Dubié au ministre des Affaires étrangères sur "le danger d'extradition d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" est là pour en dissiper les dernières.

Qu'a-t-il dit en substance? Que "la réponse du ministre des Affaires étrangères sera dans la même ligne" que celle de Madame Onkelinx; que le sort de la demande d'extradition turque relève de la seule compétence de la justice néerlandaise; et qu' "en tout état de cause, le département ne peut pas s'immiscer dans les compétences du pouvoir judiciaire ni en Belgique ni aux Pays-Bas". Le tout, condimenté d'un petit mensonge: "L'intéressé n'a pas manifesté son désir de recevoir une visite consulaire, condition imposée par la convention de Vienne sur les relations consulaires". Nous savons en effet que Monsieur Kimyongür a écrit à l'Ambassade Belge aux Pays-Bas le 12 mai et que l'Ambassadeur a même donné réponse à la requête du prisonnier d'opinion soulignant le fait que l'intervention de l'Ambassade ne peut se limiter qu'à une assistance humanitaire.

Extraits:

II. Demande d'explication de M. Josy Dubié au ministre des Affaires étrangères sur "le danger d'extradition d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" (nº 3-1646)

M. Josy Dubié (ECOLO): "J'ai déjà posé cette question et je la poserai encore. (...) Je souhaiterais avoir une réponse précise à une question précise puisque je n'ai pas obtenu une telle réponse de la ministre de la Justice. Le ministre peut-il nous dire ce qu'il compte faire concrètement pour que le citoyen belge Bahar Kimyongür ne soit pas extradé vers un pays pratiquant la torture et violant les droits de l'Homme et ce qu'il compte faire pour ramener M. Kimyongür en Belgique afin qu'il puisse y être jugé en appel et éventuellement condamné à purger sa peine chez nous et non dans un pays où ceux qui ont vu le film Midnight Express savent ce que cela signifie être détenu?"

M. Hervé Jamar, secrétaire d'État à la Modernisation des finances et à la Lutte contre la fraude fiscale, adjoint au ministre des Finances: "J'ai entendu le premier volet de la réponse du gouvernement, je pense que la réponse du ministre des Affaires étrangères sera dans la même ligne. Je vous lis cette réponse. La procédure de demande d'extradition du dénommé Bahar Kimyongür, ressortissant belge, émanant des autorités turques et adressée au gouvernement des Pays-Bas est soumise à la décision d'un juge de cet État. Le département des Affaires étrangères n'a donc pas de trace de cette demande d'extradition. Il n'y a pas de doute à avoir quant au respect de la défense de l'intéressé au cours de la procédure introduite aux Pays-Bas. L'intéressé n'a pas manifesté son désir de recevoir une visite consulaire, condition imposée par la convention de Vienne sur les relations consulaires . En tout état de cause, le département ne peut pas s'immiscer dans les compétences du pouvoir judiciaire ni en Belgique ni aux Pays-Bas."

M. Josy Dubié (ECOLO): "Je dois m'inscrire en faux contre ce qui vient d'être dit. J'ai eu un contact avec l'avocat de M. Kimyongür qui m'a dit que celui-ci avait bel et bien écrit au consul de Belgique pour lui demander l'assistance de notre pays. Je conteste ce qui a été dit. Je suis malheureusement obligé de constater qu'on n'a pas l'intention d'empêcher que soit livré un de nos concitoyens à un pays qui viole les droits de l'Homme. À l'instar de Caton l'ancien (...) je répéterai systématiquement ma question. Je ferai tout ce qui est dans mes capacités pour éviter qu'un citoyen belge ne soit livré à un pays pratiquant la torture et ne respectant pas les droits de l'Homme, et j'espère que d'autres collègues me rejoindront ! "

Interventions complètes:
http://www.senate.be/crv/3-165.html#_Toc136165836


10 000 Signatures pour Bahar !
Pétition en ligne
Où que vous habitiez au monde, nous vous invitons à signer la pétion pour la libération de Bahar Kimyongür en cliquant sur le lien :  Pétition Bahar
(Disponible en plusieurs langues).
 

«Et si pour se racheter auprès du grand (marché) turc d'avoir laissé s'enfuir Fehriye Erdal, dont la présence risquait de faire des vagues dans notre royaume épris de tranquillité, des décideurs décidés avaient livré Kimyongür en gage de collaboration ? Vu les lois et non-lois en vigueur en Turquie, ça donne froid dans le dos. Ça confine à l'assassinat d'État !»
Lire

Sénat - 22/06/2006 :
La ministre de la justice persiste dans son attitude d'«ambiguïté active» à propos du sort réservé à Bahar Kimyongür

RTBF - Première - 20/06/2006
Bahar Kimyongur livré par la Belgique

Un document prouve l'implication de la Belgique dans l'arrestation de Bahar Kimyongür

Onkelinx sacrifie Bahar Kimyongür

Sénat - 18/05/2006 :
Une question courageuse et une réponse qui donne froid dans le dos
Ou pourquoi il est clair que c'est la Belgique qui a livré Bahar Kimyongür aux Pays-Bas pour extradition vers la Turquie
Lire


Un couple belge dans l'enfer de la lutte antiterroriste


Affaire Bahar Kimyongür :
Vers un Etat d'exception permanent?
Les menaces pour l'État de droit
constituées par les nouvelles lois "antiterroristes" en Europe

Lire :
Bahar Kimyongür piégé, nos libertés en danger
Le Soir - Carte blanche - 16/05/2006

Clea
Un "comité pour la liberté d'expression et d'association" (CLEA) s'est constitué à Bruxelles à la suite du procès politique à l'encontre du citoyen belge Bahar Kimyongür, condamné en première instance à quatre ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bruges en vertu de ses prises de position publiques à propos des violations des droits de l'Homme en Turquie.

La situation est urgente car la Turquie réclame l'extradition de Monsieur Kimyongür. En grève de la faim depuis son enlèvement en Hollande par des hommes en civil des appareils policiers hollandais la nuit du 27 avril 2006, il risque d'être livré aux mêmes tortionnaires qu'il ne cesse de dénoncer depuis dix ans. Et compte tenu des méthodes pratiquées par les appareils répressifs turcs, sa vie même est menacée.
Plus d'informations sur le site du CLEA

Un dossier "Affaire Kimyongür" est consultable aussi sur le site "mouvements.be".

Clea-Liège
Une structure locale du CLEA est en train de voir le jour à Liège. Si vous voulez intégrer ou soutenir le CLEA-Liège, vous pouvez écrire à jean_claude.paye@teledisnet.be ou vous abonner à la liste de diffusion "clea-liège".

Une page liégeoise est consultable sur le site du Clea :   Clea-Liège

Si vous voulez vous abonner à la liste de discussion du CLEA au niveau fédéral, cliquez sur le lien
Clea - liste de diffusion

Libérez la jurnaliste kurde Zübeyde Ersöz
Nous vous invitons aussi à signer la pétition pour la libération de la jurnaliste kurde Zübeyde Ersöz détenue arbitrairement au Grand Duché du Luxembourg depuis le 15 février pour des raisons analogues à celles dont Monsieur Bahar Kimyongür est la victime.
Cliquez sur le lien : Petitiononline


Politique d'État de maltraitance d'enfants en Belgique :
Anar (7 ans), Leila (5 ans), Liliane (11 ans)... sont-ils coupables ?
Une pétition de la Ligue des Familles à signer ici


Des enfants en centres fermés ? Nous disons «NON» !
Vendredi 21, paraissait dans la presse unepétition contre la détention des
enfants en centres fermés. Elle est signée par 100 personnalités Belges. Maintenant, il faut un maximum de signataires à cet appel.
Vous pouvez la signer sur le site du CIRE

Pour la fermeture au niveau européen des Centres de rétention pour étrangers
Signez la pétition du groupe parlementaire européen de la Gauche Unitarie Européenne/Gauche Verte Nordique

Banalisation des mesures d'exception
Loi "anti-terroriste" digne d'une dictature et, maintenant, politique d'État de maltraitance d'enfants..., la Belgique perd très vite des conditions essentielles d'un régime démoctatique!


Photo RTBF - Liège

RTBF - "La Première", 30/01/2006:
2500 "non" aux prisons pour enfants

30/01/2006:
Le réportage de RTC Télé-Liège
(vidéo)

29/01/2006
2500 manifestants ont crié NON à l'innacceptable! NON à l'encarcération d'enfants étrangers!
Photos sur le site d'Indymedia-Liège
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, découvrant l'horreur des camps de concentration, beaucoup de gens ont dit: «Nous ne savions pas...» Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire la même chose, car NOUS SAVONS que des étrangers qui n'ont commis aucun délit sont emprisonnés en Belgique, dans ce que les autorités veulent pudiquement appeler des "Centres fermés". Il y en a notamment un à Vottem. Les détenus, qui ont généralement fui des situations traumatisantes, y sont soumis à des conditions de détention très
pénibles. C'est inacceptable! Et en plus, aujourd'hui, les autorités s'apprêtent multiplier le nombre de FAMILLES détenues. C'est-à-dire qu'il vont augmenter le nombre d'ENFANTS DÉTENUS.
Laisserons-nous faire?
Pour dire NON, 2500 citoyens ont manifesté ce dimanche 29/01/2006 devant le camp pour étrangers de Vottem. La manifestation s'est clôturée par une action
symbolique : les participants
ont accroché des peluches aux grilles du camp.

28/01/2006:
La maltraitance d'enfants comme politique d'État


Pétition contre l'inculpation de Denis Robert, ce journaliste courageux qui a osé dénoncer et exiger la suppression des paradis fiscaux
Signer la pétition
Déclatation de la Ligue Belge des Droits de l'Homme
Méthodes particulières d’enquête : Une loi dangereuse pour les droits fondamentaux

Déclaration d'Amnesty International Belgique Francophone
Un projet de loi "antiterroriste" hâtif et liberticide