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«Dans l'ordre du discours, ce qui est noté est,
par définition, notable : quand bien même un détail
paraîtrait irréductiblement insignifiant, rebelle
à toute fonction, il n'en aurait pas moins pour finir le
sens même de l'absurde ou de l'inutile : tout
a un sens ou rien n'en a».
Roland Barthes, L'Analyse structurale du Récit,
Seuil, coll.Points, Paris, 1986, p. 13.
Lors de la Séance plénière
au Sénat le 18 mai dernier, à la fin d'un long échange
de questions réponses à propos de l'affaire Bahar
Kimyongür entre le Sénateur ECOLO Josy Dubié
et Madame Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre
de la Justice, le Sénateur Dubié avait remarqué:
"Je note qu'elle (la ministre) n'a
pas répondu à la question essentielle : le gouvernement
belge est-il prêt à tout mettre en oeuvre pour éviter
qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant
la torture ?" Ce à quoi Mme Laurette Onkelinx
a répondu: "M. Dubié n'a pas
été attentif."
Et elle avait raison sur ce point. Tellement le contenu
de ses interventions avait été clair en ce qui concerne
sa position et celle du gouvernement concernant le sort qu'ils réservent
au citoyen Bahar Kimyongür.
Suivons donc le conseil de Madame la ministre :
Faisons une lecture attentive de son discours
En effet, si l'on met son discours en pleine lumière, voici,
en substance, ce que Madame la ministre a signalé : Ce
problème ne relève pas de la justice mais des affaires
étrangères; ce sont les Pays-Bas qui ont le dernier
mot à dire. Par conséquent, nous ne ferons rien pour
éviter qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays
pratiquant la torture. Et la ministre d'insister, comme si elle
attendait un tel dénouement : «Une demande d'extradition
vers la Turquie est possible à partir des Pays-Bas sans même
que le gouvernement belge en soit informé».
Autrement dit, aussi injuste soit-elle la situation vécue
par Monsieur Kinyongür, son cas ne relève pas de la
justice mais de la diplomatie, c'est-à-dire, du domaine des
échanges, des négociations voire des "marchandages".
Tout cela confirme la terrible question que nous nous posions
lors de l'appel à une conférence débat sur
ce thème le 18 mai à l'Université de Liège :
"Et si pour se racheter auprès du grand (marché)
turc d'avoir laissé s'enfuir Fehriye Erdal, dont la présence
risquait de faire des vagues dans notre royaume épris de
tranquillité, des décideurs décidés
avaient livré Kimyongür en gage de collaboration ? Vu
les lois et non-lois en vigueur en Turquie, ça donne froid
dans le dos. Ça confine à l'assassinat d'État
!" C'est par ailleurs le fil conducteur du questionnement
du Sénateur Dubié.
Mais la ministre avait raison seulement en partie car ce que le
Sénateur Dubié réclamait était une réponse
explicite. La réponse de Madame la ministre négative
en ce qui concerne la question de savoir si "le gouvernement
belge est-il prêt à tout mettre en oeuvre pour éviter
qu'un citoyen belge soit extradé vers un pays pratiquant
la torture" n'a pas été à
la hauteur de la question du Sénateur et il faut la lire
entre les lignes.
Soulignons les passages les plus significatifs
(vous pourrez consulter les interventions complètes dans
le site web du Sénat - voir lien plus bas):
I. Question orale de M. Josy Dubié à la vice-première
ministre et ministre de la Justice sur "le danger d'extradition
d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" (nº
3-1144)
Extraits:
Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "(...) M.
Kimyongür, sur écoute et surveillé par
la sûreté belge - en tout cas c'est ce que l'on peut
penser dans le cadre de l'affaire Erdal - a donc
été, selon moi, "livré" aux Néerlandais
qui l'ont incarcéré sur base du mandat d'arrêt
international turc."
[La première tentative de la ministre sera de réduire
au silence le sénateur par le recours à l'intimidation.
En vain!].
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre
de la Justice : "Ce genre d'affirmation
est très grave."
Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "(...) Vous
avez votre avis et j'ai le mien, madame la vice-première
ministre. Je trouve simplement qu'un faisceau de présomptions
permettent de penser que M. Kimyongür a bel
et bien été " livré ", je ne dis
pas par vous mais par la Sûreté belge."
[...Et par la disqualification].
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre
de la Justice : "Vous dites n'importe
quoi (...)"
Sénateur Josy Dubié (ECOLO): "Je
relate simplement des faits. Quoi qu'il en soit, M. Kimyongür
risque d'être extradé vers la Turquie où son
intégrité physique est menacée. Ce pays est
d'ailleurs régulièrement accusé par des organisations
internationales des droits de l'Homme, comme Amnesty International,
de pratiquer la torture, notamment sur des opposants politiques.
(...) Estimez-vous, oui ou non, que tout devrait
être mis en oeuvre pour éviter qu'un citoyen belge
ne soit extradé vers un pays pratiquant la torture?
(...)"
[Nous verrons par le suite que dans le raisonnement de Madame
la ministre, un inculpé mériterait même, en
tout cas dans les faits, d'être livré à des
tortionnaires s'il a été stigmatisé comme
"terroriste" cette accusation fourre-tout
fondée le plus souvent sur des listes administratives,
arbitraires et de circonstance (établies par les Exécutifs
et non par la Justice). On n'observe par ailleurs aucune distance
critique dans le raisonnement de la ministre vis-à-vis
de la forme où cette liste d'organisations "terroristes"
a été établie. Premier lavage de mains :
ce raisonnement sera suivi de la réponse commode "Ceci
relève des Pays-Bas", pas de la Belgique. Et comme
la diplomatie (aussi vis-à-vis de la Turquie) compte plus
que la justice, deuxième lavage de mains : les relations
avec les Pays-Bas relèvent des compétences des affaires
étrangères, pas de la justice. On comprend pourquoi
toute référence du Sénateur Dubié
à une participation d'organismes relevant du ministère
de la justice a été écartée avec virulence
par la ministre :"Ce genre d'affirmation est très
grave", "Vous dites n'importe quoi"].
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre
de la Justice: "Pour ceux qui l'ignorent, M.
Bahar Kimyongür a été condamné,
le 28 février dernier, par le Tribunal correctionnel de Bruges,
à une peine d'emprisonnement de quatre ans ferme pour
appartenance à un groupement terroriste DHKC (Front
révolutionnaire de la libération du peuple). (...)
Quant à la procédure en cours devant les juridictions
hollandaises, il ne m'appartient pas de me prononcer
sur les décisions qui seraient prises par les autorités
des Pays-Bas. Je vous signale qu'une demande d'extradition vers
la Turquie est possible à partir des Pays-Bas sans même
que le gouvernement belge en soit informé (...) Pour le reste,
je le répète, les relations avec les Pays-Bas relèvent
des compétences de mon collègue, le ministre De Gucht."
M. Josy Dubié (ECOLO): "Je remercie la ministre.
Je note qu'elle n'a pas répondu à
la question essentielle : le gouvernement belge est-il prêt
à tout mettre en oeuvre pour éviter qu'un citoyen
belge soit extradé vers un pays pratiquant la torture?"
Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre
de la Justice: "M. Dubié n'a pas été
attentif."
Interventions complètes:
http://www.senate.be/crv/3-165.html#_Toc136165810
Pour dissiper les doutes
Pour ceux qui pourraient avoir encore des doutes sur cette lecture,
la réponse du Ministère des affaires étrangères
à une demande d'explication de M. Josy Dubié au ministre
des Affaires étrangères sur "le danger d'extradition
d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" est
là pour en dissiper les dernières.
Qu'a-t-il dit en substance? Que "la réponse du ministre
des Affaires étrangères sera dans la même ligne"
que celle de Madame Onkelinx; que le sort de la demande d'extradition
turque relève de la seule compétence de la justice
néerlandaise; et qu' "en tout état de cause,
le département ne peut pas s'immiscer dans les compétences
du pouvoir judiciaire ni en Belgique ni aux Pays-Bas". Le tout,
condimenté d'un petit mensonge: "L'intéressé
n'a pas manifesté son désir de recevoir une visite
consulaire, condition imposée par la convention de Vienne
sur les relations consulaires". Nous savons en effet
que Monsieur Kimyongür a écrit à l'Ambassade
Belge aux Pays-Bas le 12 mai et que l'Ambassadeur a même donné
réponse à la requête du prisonnier d'opinion
soulignant le fait que l'intervention de l'Ambassade ne peut se
limiter qu'à une assistance humanitaire.
Extraits:
II. Demande d'explication de M. Josy Dubié au ministre
des Affaires étrangères sur "le danger d'extradition
d'un citoyen belge vers un pays pratiquant la torture" (nº
3-1646)
M. Josy Dubié (ECOLO): "J'ai déjà
posé cette question et je la poserai encore. (...) Je
souhaiterais avoir une réponse précise à une
question précise puisque je n'ai pas obtenu une telle réponse
de la ministre de la Justice. Le ministre peut-il nous dire ce qu'il
compte faire concrètement pour que le citoyen belge Bahar
Kimyongür ne soit pas extradé vers un pays pratiquant
la torture et violant les droits de l'Homme et ce qu'il compte
faire pour ramener M. Kimyongür en Belgique afin qu'il puisse
y être jugé en appel et éventuellement condamné
à purger sa peine chez nous et non dans un pays où
ceux qui ont vu le film Midnight Express savent ce que cela signifie
être détenu?"
M. Hervé Jamar, secrétaire d'État à
la Modernisation des finances et à la Lutte contre la fraude
fiscale, adjoint au ministre des Finances: "J'ai
entendu le premier volet de la réponse du gouvernement, je
pense que la réponse du ministre des Affaires étrangères
sera dans la même ligne. Je vous lis cette réponse.
La procédure de demande d'extradition du
dénommé Bahar Kimyongür, ressortissant
belge, émanant des autorités turques et adressée
au gouvernement des Pays-Bas est soumise à la décision
d'un juge de cet État. Le département des Affaires
étrangères n'a donc pas de trace de cette demande
d'extradition. Il n'y a pas de doute à avoir quant au respect
de la défense de l'intéressé au cours de la
procédure introduite aux Pays-Bas. L'intéressé
n'a pas manifesté son désir de recevoir une visite
consulaire, condition imposée par la convention de Vienne
sur les relations consulaires . En tout état de cause, le
département ne peut pas s'immiscer dans les compétences
du pouvoir judiciaire ni en Belgique ni aux Pays-Bas."
M. Josy Dubié (ECOLO): "Je
dois m'inscrire en faux contre ce qui vient d'être dit. J'ai
eu un contact avec l'avocat de M. Kimyongür qui m'a dit que
celui-ci avait bel et bien écrit au consul de Belgique pour
lui demander l'assistance de notre pays. Je conteste ce qui
a été dit. Je suis malheureusement
obligé de constater qu'on n'a pas l'intention d'empêcher
que soit livré un de nos concitoyens à un pays qui
viole les droits de l'Homme. À l'instar de Caton l'ancien
(...) je répéterai systématiquement ma question.
Je ferai tout ce qui est dans mes capacités
pour éviter qu'un citoyen belge ne soit livré à
un pays pratiquant la torture et ne respectant pas les droits de
l'Homme, et j'espère que d'autres collègues me rejoindront
! "
Interventions complètes:
http://www.senate.be/crv/3-165.html#_Toc136165836
10 000 Signatures
pour Bahar !
Pétition en ligne
Où que vous habitiez au monde, nous vous invitons à
signer la pétion pour la libération de Bahar Kimyongür
en cliquant sur le lien : Pétition
Bahar
(Disponible en plusieurs langues).
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«Et
si pour se racheter auprès du grand (marché) turc
d'avoir laissé s'enfuir Fehriye Erdal, dont la présence
risquait de faire des vagues dans notre royaume épris de
tranquillité, des décideurs décidés
avaient livré Kimyongür en gage de collaboration ? Vu
les lois et non-lois en vigueur en Turquie, ça donne froid
dans le dos. Ça confine à l'assassinat d'État
!»
Lire
Sénat - 22/06/2006 :
La
ministre de la justice persiste dans son attitude d'«ambiguïté
active» à propos du sort réservé à
Bahar Kimyongür
RTBF - Première - 20/06/2006
Bahar
Kimyongur livré par la Belgique
Un document
prouve l'implication de la Belgique dans l'arrestation de Bahar
Kimyongür
Onkelinx
sacrifie Bahar Kimyongür
Sénat - 18/05/2006 :
Une question courageuse et une réponse
qui donne froid dans le dos
Ou pourquoi il est clair que c'est la Belgique qui
a livré Bahar Kimyongür aux Pays-Bas pour extradition
vers la Turquie
Lire
Un
couple belge dans l'enfer de la lutte antiterroriste
Affaire Bahar Kimyongür :
Vers un Etat d'exception permanent?
Les
menaces pour l'État de droit constituées
par les nouvelles lois "antiterroristes" en Europe
Lire :
Bahar Kimyongür
piégé, nos libertés en danger
Le Soir - Carte blanche - 16/05/2006
Clea
Un "comité pour la liberté d'expression et d'association"
(CLEA) s'est constitué à Bruxelles à la suite
du procès politique à l'encontre du citoyen belge
Bahar Kimyongür, condamné en première instance
à quatre ans de prison ferme par le tribunal correctionnel
de Bruges en vertu de ses prises de position publiques à
propos des violations des droits de l'Homme en Turquie.
La
situation est urgente car la Turquie réclame l'extradition
de Monsieur Kimyongür. En grève de la faim depuis son
enlèvement en Hollande par des hommes en civil des appareils
policiers hollandais la nuit du 27 avril 2006, il risque d'être
livré aux mêmes tortionnaires qu'il ne cesse de dénoncer
depuis dix ans. Et compte tenu des méthodes pratiquées
par les appareils répressifs turcs, sa vie même est
menacée.
Plus d'informations sur le site du CLEA
Un dossier "Affaire Kimyongür" est consultable
aussi sur le site "mouvements.be".
Clea-Liège
Une structure locale du CLEA est en train de voir le jour à
Liège. Si vous voulez intégrer ou soutenir le CLEA-Liège,
vous pouvez écrire à jean_claude.paye@teledisnet.be
ou vous abonner à la liste de diffusion "clea-liège".
Une page liégeoise est consultable sur le site du Clea :
Clea-Liège
Si
vous voulez vous abonner à la liste de discussion du CLEA
au niveau fédéral, cliquez sur le lien
Clea
- liste de diffusion
Libérez
la jurnaliste kurde Zübeyde Ersöz
Nous vous invitons aussi à signer la pétition pour
la libération de la jurnaliste kurde Zübeyde Ersöz
détenue arbitrairement au Grand Duché du Luxembourg
depuis le 15 février pour des raisons analogues à
celles dont Monsieur Bahar Kimyongür est la victime.
Cliquez sur le lien : Petitiononline
Politique
d'État de maltraitance d'enfants en Belgique :
Anar (7 ans), Leila (5 ans), Liliane (11 ans)... sont-ils coupables ?
Une
pétition de la Ligue des Familles à signer ici
Des enfants
en centres fermés ? Nous disons «NON» !
Vendredi
21, paraissait dans la presse unepétition contre la détention
des
enfants en centres fermés. Elle est signée par 100
personnalités Belges. Maintenant, il faut un maximum de signataires
à cet appel.
Vous pouvez la signer sur le site du CIRE
Pour la fermeture au niveau européen
des Centres de rétention pour étrangers
Signez
la pétition du groupe parlementaire européen de la
Gauche Unitarie Européenne/Gauche Verte Nordique
Banalisation
des mesures d'exception
Loi
"anti-terroriste" digne d'une dictature et, maintenant,
politique d'État de maltraitance d'enfants..., la Belgique
perd très vite des conditions essentielles d'un régime
démoctatique!

Photo RTBF - Liège
RTBF
- "La Première", 30/01/2006:
2500
"non" aux prisons pour enfants
30/01/2006:
Le réportage de RTC Télé-Liège (vidéo)
29/01/2006
2500 manifestants ont crié NON
à l'innacceptable! NON à l'encarcération d'enfants
étrangers!
Photos
sur le site d'Indymedia-Liège
Au
lendemain de la deuxième guerre mondiale, découvrant
l'horreur des camps de concentration, beaucoup de gens ont dit:
«Nous ne savions pas...» Aujourd'hui, nous ne pouvons
pas dire la même chose, car NOUS SAVONS que des étrangers
qui n'ont commis aucun délit sont emprisonnés en Belgique,
dans ce que les autorités veulent pudiquement appeler des
"Centres fermés". Il y en a notamment un à
Vottem. Les détenus, qui ont généralement fui
des situations traumatisantes, y sont soumis à des conditions
de détention très
pénibles. C'est inacceptable! Et en plus, aujourd'hui, les
autorités s'apprêtent multiplier le nombre de FAMILLES
détenues. C'est-à-dire qu'il vont augmenter le nombre
d'ENFANTS DÉTENUS.
Laisserons-nous faire?
Pour dire NON, 2500 citoyens ont manifesté ce dimanche 29/01/2006
devant le camp pour étrangers de Vottem. La manifestation
s'est clôturée par une action
symbolique : les participants
ont accroché des peluches aux grilles du camp.
28/01/2006:
La
maltraitance d'enfants comme politique d'État
Pétition
contre l'inculpation de Denis Robert, ce journaliste courageux qui
a osé dénoncer et exiger la suppression des paradis
fiscaux
Signer
la pétition
Déclatation
de la Ligue Belge des Droits de l'Homme
Méthodes
particulières denquête : Une loi dangereuse
pour les droits fondamentaux
Déclaration
d'Amnesty International Belgique Francophone
Un
projet de loi "antiterroriste" hâtif et liberticide
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