L'EXPRESSION ESPAGNOLE DU PRONOM INDEFINI FRANÇAIS "ON"

 

Il n'existe pas en espagnol d'équivalent du "on" français. Cependant on dispose de divers moyens pour rendre cette valeur.

 

1) La façon la plus fréquente de traduire le "on" est d'employer la forme réfléchie du verbe, en fait la construction :

se + verbe à la 3e personne du singulier: Cuando se entra en este casa, se comprende el carácter de los habitantes ( = quand on entre dans cette maison, on comprend le caractère des habitants) ; se observa un inquietante aumento del paro ( = on observe une inquiétante augmentation du chômage).

 

 

2. Cette construction, qui exprime un véritable indéfini, s'emploie pour énoncer une vérité générale:  Se debe respetar a los ancianos (= on doit respecter les anciens); se debe llamar antes de entrar(= il faut frapper avant d’entrer).

 

3) Cette construction s'emploie pour traduire la voix passive (les phrases à la voix passive sont peu fréquentes en espagnol): Esta muralla se construyó con pocos recursos (= cette muraille a été construite avec peu de moyens).

 

4) Lorsque le verbe est suivi d'un substantif au pluriel,  il se met au pluriel: Se venden pisos; se guardan animales.

 

5) Cependant, s'il s'agit de personnes, on doit employer la préposition a, et le verbe reste alors au singulier: Cuando se declara el fuego, se llama a los bomberos (= lorsque le feu se déclare, on appelle les pompiers).

 

Cette construction permet d'éviter des ambiguïtés dans des phrases du type: on félicita les gagnants;

la traduction: "se felicitaron los ganadores" peut aussi signifier qu'ils se sont félicités eux-mêmes;

on dira donc: se felicitó a los ganadores.

II est vrai que lorsqu'il n'y a pas de risque de confusion, on peut dire: se ven niños en el jardín car on peut difficilement comprendre qu'ils se voient eux‑mêmes.

 

6) Lorsque la construction se + verbe est accompagnée d'un pronom personnel de la 3e personne, ce pronom ne peut être que le ou les, quel que soit l'antécédent et quelle que soit la fonction de ce pronom : aquellas casas, se les ve tan blancas ya de lejos (= ces maisons, on les voit si blanches déjà de loin) ; la madre, se le ve todo el día trajinar ( = la mère, on la voit toute la journée aller et venir).

 

7) Dans le cas évoqué au § 6, lorsqu'il y a deux compléments, le pronom complément direct n'est pas exprimé: Quería un coche se le compró ( =il voulait une voiture, on la lui acheta) ; eso se te dará mas tarde (=cela on te le donnera plus tard).


 

8) La construction passive décrite jusqu'ici n'est pas toujours possible, par exemple lorsqu'on a affaire à un verbe déjà pronominal, comme dans la phrase on se marie de plus en plus jeune : il faudrait deux fois se employé avec des valeurs différentes. Dans ce cas, il faut bien recourir à des substituts divers, et on dira: la gente se casa cada vez más joven ( = les gens se marient chaque fois plus jeunes), ou encore: se casan (sous‑ entendu les jeunes gens) cada vez más joven. Ou encore: nadie se viste mal por gusto sino por necesidad (= personne ne s’habille mal par goût mais par manque de moyens).

 

9) Lorsqu'on veut singulariser un fait, le particulariser et donc relever son caractère accidentel, on conjugue le verbe à la 3e personne du pluriel, sans sujet. C'est la deuxième façon de traduire le "on". Llaman a la puerta ( = on sonne à la porte) c'est à dire: quelqu'un est en train de sonner, par opposition à "se llama a la puerta antes de entrar" vu au § 2. Cette construction s'emploie lorsque le sujet n'est pas tout à fait un indéfini : Fusilaron a García Lorca (on a fusillé G. L.). mais par ce procédé justement, on singularise le fait.

 

10) En réalité, la 3e personne du pluriel s'utilise lorsqu'il est possible de sous entendre un sujet collectif : la gente, los responsables, los organizadores : . . . En este pueblo hacen unas fiestas tremendas (= dans ce village, ils font des fêtes terribles) ¿ Qué dan hoy en la televisión ? (= Qu'y‑a‑t‑il aujourd'hui à la télévision ?).

 

11) Cette construction s'emploie de préférence avec des verbes comme decir, contar, referir (= dire, raconter, rapporter). Dicen que aquellos años fueron terribles (=on dit que ces années‑là furent terribles). Cuentan que los niños iban descalzos ( =on raconte que les enfants allaient pieds nus).

 

Notons cependant que la constuction se dice, se cuenta, se refiere est possible mais très rare.

 

12) Souvent, le on n'est pas vraiment un indéfini, il sert à généraliser un cas particulier et désigne surtout la personne qui parle. L'espagnol traduit ce on par le pronom uno,  una. C'est la troisième façon d'exprimer l'indéfini. Uno quiere trabajar pero no hay posibilidades (‑ on veut travailler ~ je veux travailler, mais il n'y a pas de possibilités). D'ailleurs, si la personne qui parle est une femme, elle dira: una quiere…

    

En fait, cette tournure permet à l'interlocuteur d'exprimer sa pensée, son sentiment sous le couvert de la généralisation.


 

13) De ce qui précède, on déduit donc que 1'emploi de uno, una n'est possible que lorsque le locuteur est très directement impliqué dans l'action exprimée. Le français, surtout le français parlé, connaît des extensions d'emploi du on. Ce pronom peut aussi bien désigner uniquement le locuteur que l'humanité entière: on essaie de faire de son mieux  =  «  j'essaie de faire de mon mieux » se dira : uno (ou una) trata de tracer lo posible . . .« alors, on y va ?  = nous y allons ? »  se dira : entonces,¿qué ? ¿ vamos ?. « Ici, on doit faire attention = toi, moi et d'autres personnes » se dira : aquí hay que tener cuidado.

 

On pourrait encore allonger la liste des exemples, mais ce qui importe c’est de se demander ce que le on français recouvre avant de le traduire en espagnol.

 

14) Cependant, tout comme le français, l’espagnol parlé confère au pronom tu (plus rarement à vous) la valeur indéfinie:

Trabajas todo el día y luego te echan en cara . . . =  tu travailles (je travaille) toute la journée et ensuite ils te reprochent. . .

Cet emploi peut d'ailleurs se combiner avec uno pour donner plus d'expressivité au discours:

Una trabaja todo el día y luego les preparas la cena, les friegas los platos . . .

 

Sans en avoir l'air, c'est de je qu’il s’agit sous le couvert de uno  ou de , et l'emploi de cette  personne vise surtout à impliquer l'interlocuteur, à le ranger à notre opinion. Mais il faut souligner qu’il s agit là d’un procédé propre à la langue parlée.